Les bonus de Lyon Gag'

 

Plusieurs articles n'ont pas pu être publiés dans Lyon Gag', faute de place. Un interview d'Aulas qui annonce sa candidature pour les élections municipales et un coup de colère, par mail de Paul Bocuse envoyé du ciel, qui s'en prend aux politiques. Avec en prime l'intégrale des confidences du directeur de l'Opéra, célèbre pour ses notes de frais royales, nommé trésorier de la campagne de Gérard Collomb ! Tout est faux comme dans la vraie vie (politique) ! 

Bocuse  «Je suis éternel, nom de Dieu !»

Un mail envoyé du paradis des cuisiniers par Paul Bocuse qui vient de perdre une de ses trois étoiles. Furax, il pousse un coup de gueule contre ses amis politiques.

 

« Nom de Dieu, je ne pouvais pas fermer ma bouche après cet affront du Guide Michelin ! Ils ont osé et ils ont raison d’avoir attendu que je tire ma révérence. Sinon, je les passais au court-bouillon. D’ailleurs pendant plus d’un demi-siècle dans les étoiles, ils n’ont pas moufté-soufflé. Et voilà, j’ai à peine tourné le tournedos… 

Cela dit, je suis d’accord avec le communiqué pimenté du Michelin : «Les étoiles ne s’héritent pas, elles se méritent !». Une belle tarte pour ceux qui roupillent à Collonges ! On voit bien que je suis plus là pour roder en cuisine et pousser mes coups de gueule !

Et tous mes copains politiques, qu’est qu’ils ont foutu ? La sieste, comme d’habitude. Incapables de mettre la pression sur la cocote Michelin. Collomb et compagnie, quand je pense qu’ils se sont goinfrés à l’oeil chez moi, pendant des années et des années. Même pas la reconnaissance du ventre ! Tous des ingrats. Et c’est grave pour moi qui suis un militant de la cuisine au beurre et à la crème. 

Bon, je leur réserve une bonne vieille blague de derrière mes fourneaux. Ma spécialité les blagues, avec la soupe aux truffes, le gratin de macaroni, les rougets en écailles de pommes de terre… 

Ils vont tous être scotchés. Parce que moi, j’ai mon réseau là haut. Le fils de Dieu, il adore mon Jésus aux pistaches ! Et tous les saints ont été offusqués.

En tout cas, ils ont tenu un petit conseil et ils m’ont promis, «ça va chauffer». Mais attention, c’est pas des branleurs comme tous ces lascars de la politique lyonnaise. Mes amis du paradis sont en train de mijoter un coup farci !  Un «maire surprise» pour Lyon. Moi je sais qui, et c’est très drôle. Un parfait glacé aux petits légumes Verts qui va rester coincé dans certains gosiers ! Ils préfèrent la cuisine branchée les guignols ? Ils vont déguster ! 

Allez, rendez-vous le 22 mars, vous allez voir qui sera maire de Lyon. Et ça vous confirmera une évidence : Je suis éternel, nom de

Dieu ! »

Jacques Tricatel

Texte intégral sans aucune censure. A part les (nombreuses) fautes d’orthographes du chef. Sauf une que nous avons conservé religieusement. Celui qui la découvrira aura droit à un abonnement gratuit à Lyon Gag’ (un numéro tous les 77 ans). 

Aulas, avant-centre !  

 

Il refuse encore à l’annoncer officiellement. Mais le président de l’Olympique Lyonnais envisage sérieusement de se présenter aux élections municipales. Avec un objectif : être élu au premier tour. Interview exclusif dans les vestiaires du Grand Stade. Par Pierre Ménesse.

 

Alors président vous allez vous présenter à la mairie de Lyon ?

Si je me présente, je suis sûr d’être champion. Ce qui me tente c’est de dribbler toutes les stars de la politique lyonnaise et de marquer un superbe but en décrochant la mairie. En revanche, me retrouver coincer dans cet horrible hôtel de ville avec tous ces amateurs dans les couloirs. Là c’est sûr, je péterai un plomb. Et je vais encore me prendre un carton rouge. 

Votre programme ? 

Ecoutez-moi bien, Ménesse, je multiplie par 1 000 la subvention de l’OL…

Où vous trouvez l’argent ? 

Très simple, je récupère le pognon de dingue que la ville refile chaque année à l’Opéra et hop dans les caisses du club ! Des millions pour Jean-Michel. En plus, je ferme cette espèce d’aquarium qui sert à rien sauf à quelques banquiers qui viennent se pavaner en tenue de pingouins… Et dans l’aquarium, j’installe le siège de l’OL.  

A part ça président ?

Je crée une fan zone permanente place Bellecour que j’étends à l’ensemble de la Presqu’île. Tout en gazon. J’aurais avec moi tous les écolos. Ah, il en veulent de la verdure, ils vont être servis. Mais il va falloir qu’ils oublient leur logo. Les Verts, on n’est pas à Saint-Etienne ! 

Mais les commerçants vont être furieux de cette maxi fan zone ! 

Toutes les boutiques du centre-ville, je les ferme. Sauf Ménesse, pardon Hermès, où j’achète mes costards en note de frais… Et je remplace tout ça par des OL shops, des OL bars, des OL saunas, des OL brasseries, des OL mode… La classe non ? 

Ah j’allais oublier Le Progrès, je rachète et je change le nom : OL in Progress. Je vire tous les journaleux que je remplace par l’équipe d’OL TV et je nomme un gars sérieux rédacteur en chef. 

Je suis candidat, président ! 

Parfait. Même si ça va encore me coûter cher pour vous faire chanter «Allez l’OL» ! Bon, on s’arrangera avec la mairie. Je vous prendrais comme chargé de mission avec heures supplémentaires, Collomb m’a expliqué, j’ai compris comment ça marche. Mais à une condition : vous me faites une campagne d’intox pour je puisse récupérer pour mes filles le Stade de Gerland que m’a volé Ginon. Et lui, avec son Lou Rugby il ira jouer ailleurs. Loin, très loin. Si on l’envoyait à la déchèterie de Vaise sous l’autoroute ?

Et la première décision que je prendrais, une fois élu, c’est de jumeler Lyon avec Saint Trop. On va faire une de ces fêtes !

Vous avez vraiment les qualités pour faire de la politique ?

Vous rigolez ? Je suis menteur, tout le monde le dit à Lyon. C’est la première qualité pour un politique de raconter ce que tout le monde veut entendre, jamais tenir ses promesses… Ça je sais faire : on va gagner le prochain match, si on a perdu c’est la faute de l’arbitre…  

Vous êtes sûr d’être élu maire ?

J’ai fait faire un sondage. IFLOP, vous connaissez ? Ils sont super, ils m’ont proposé l’option je pose les questions et j’achète les réponses. Ça m’a coûté un peu cher, mais c’est efficace : je risque même d’être élu au premier tour ! 

Mais les femmes ne vont pas voter pour vous, le foot elles s’en foutent ! 

Vous plaisantez, Ménesse, j’ai mon équipe féminine qui cartonne. Avec elles aussi je remplis mon Grand Stade. Crois moi, les femmes elles m’adorent. Pas simplement les call girls pour mes stars…

Et les mecs vont tous voter pour vous car l’OL ce n’est pas brillant cette saison ?

Tant que la saison n’est pas finie, tous les Lyonnais sont convaincus qu’on finira en tête du championnat. Les footeux n’ont rien dans le citron, je suis bien placé pour le savoir. Ça fait 33 ans que je les enfume. Qui ne saute pas n’est pas Lyonnais ! 

D’ailleurs, je vais vous le dire, ils ont tous la trouille que je me présente, les Collomb, les Blanc, les Kimelfeld… Ils sont tous venus me supplier pour je figure sur leur feuille de match ! 

Mais la politique c’est une bagarre permanente !

Et le foot, c’est quoi ? En plus, je vais imposer mes règles du jeu. Pour le conseil municipal, je réduis l’équipe à 11 gars solides et quelques remplaçants. Un bon goal pour arrêter les tirs de l’opposition, s’il y en a. Le capitaine ce n’est pas un problème il suffit d’un brassard. Et l’entraineur, j’ai choisi le meilleur : moi. C’est bon je l’ai mon équipe. Et ma stratégie est simple : au moindre tacle on tombe en faisant semblant d’être blessé. Si ça ne marche pas, on s’arrange avec l’arbitre. 

Mais à la mairie, il faudra faire attention, la Cour des Comptes est à l’affût !

Un abonnement VIP à l’OL et tous ces gars-là seront à mes pieds. En plus, moi, je vais imposer une règle aux comptables de la ville : tout en cash comme ça pas de problème. Dites donc vous me prenez pour un débutant ? Pour les transferts comment je fais à votre avis ? Des chèques ? 

Et pour les banlieues vous avez un projet ? 

Là je suis le meilleur et de loin. Dans mon équipe y a que ça des blacks et des beurs. Ça n’empêche pas tous les racistes de s’abonner chaque saison : 200 euros minimum. Je suis fort non ? 

Vous allez vous présentez avec une étiquette de gauche ou de droite ? 

En politique, j’ai toujours joué avant-centre ! Quand ça bascule à droite, je bascule à droite. Quand ça bascule à gauche, je bascule à gauche. Mon seul objectif : marquer et ramasser la prime de match. Je suis sportif, n’oubliez pas. Je sais anticiper. Et tout le monde est loin derrière.

Mais face à Yann Cucherat, tête de liste Collomb pour la mairie, ça sera difficile pour vous ! 

Une star du football, je comprendrais. Mais un obscur gymnaste, fallait oser. Quatre Jeux Olympiques sans ramener une  seule médaille ! Vous l’avez déjà entendu faire un discours ? Pathétique ! Remarquez, celui-là il ne va pas trahir Collomb, il ne saurai pas comment faire !

Bon, vous y allez aux municipales ? 

Je me concentre pour créer la surprise. Un débordement à la dernière minute, un tir croisé et but. Et c’est la ola, tout le monde se lève pour Aulas !ici pour ajouter votre propre texte et me modifier. C'est facile.

L’équipe municipale d’Aulas 

 

Culture : Ribéry / Droit des femmes : Benzema / Finances : Platini / Communication : Domenech / Santé : Foé / Marchés public : Tapie / Espaces verts : Rocheteau / Education : Maradona / Jeunesse : Barbarin / Sécurité : Ibrahimović / Festivités : Govou

Un opéra de quat’ sous

 

Le directeur général de l’Opéra de Lyon, Serge Dorny, a accepté d’être trésorier de la campagne de Gérard Collomb. A une condition : que ça ne soit pas rendu public. Il s’explique en exclusivité pour Lyon Gag’.

On croyait que vous aviez été viré de l’Opéra de Lyon ? 
Serge Dorny : Encore une rumeur colportée par les ennemis de la culture. Je suis toujours le directeur général de l’Opéra de Lyon jusqu’en septembre 2021. Et il n’est pas exclu que je poursuive cette aventure extraordinaire quelques années de plus. Comme lorsque j’avais décidé de rejoindre l’Opéra de Dresde avant de me raviser ! 

Mais c’est l’Opéra de Dresde qui s’est ravisé ! 
Il y a eu un malentendu entre nous. Ce qui est désolant pour l’Opéra où il faut avoir une oreille sensible. Désolant aussi pour cette bonne ville de Dresde où j’étais très attendu. 

Un malentendu qui vous a rapporté une indemnité de 350 000 euros ! 
Je n’attache absolument aucune importance à l’argent ! En revanche, j’ai défendu l’Opéra qui, à travers moi, a été bafoué, en lavant mon honneur devant les tribunaux. Avant de revenir, le coeur joyeux, à Lyon où j’ai passé près de 20 ans extraordinaires, dans une maison extraordinaire, entouré d’une équipe extraordinaire…

Avec un joli salaire de 300 000 euros par an, sans compter les primes…
C’est la reconnaissance de mon talent ! Ce qui honore cette ville capable de ne pas compter pour permettre au peuple de partager ce formidable élan lyrique que j’ai su impulser.

Comme vos formidables notes de frais épinglées par la Cour de comptes ! 
Je suis un artiste, ce sont les notes qui me fascinent, de musique bien sûr. Pas ces misérables notes de frais mises en musique par le comptable de l’Opéra, qui a néanmoins toute ma confiance. 

A votre âge pourquoi vous ne prenez pas votre retraite ? 
C’est vrai, j’ai dépassé l’âge fatidique, baptisé avec un certain sens poétique, âge pivot. Mais je préfère imaginer que j’ai encore 20 ans en essayant de gommer certains artifices pour interpeller le destin. Don Giovanni illustre à merveille ce subtil paradoxe…

Une référence qui confirme que l’Opéra reste un univers très élitiste ! 
Grands dieux, non. J’ai consacré mes années lyonnaises à me battre justement contre cet élitisme. Avec le succès que tout le monde peut mesurer aujourd’hui. Mais démocratiser ce n’est pas s’abaisser pour plaire, mais permettre au peuple de s’élever jusqu’au sanctuaire de la connaissance dont je suis le gardien.  
Mais comment vous justifiez ces homards chez Bocuse, ces stylos en or, ces hôtels cinq étoiles en Thaïlande, des billets d’avion en first class pour faire la fête à New-York…
Peut-on reprocher à une diva de se comporter comme une diva, au risque de l’anéantir dans les ténèbres de l’ordinaire ? C’est le risque pris par ceux qui alimentent cette dérive populiste. Une menace pour la culture.
Et cette sacrée manie de faire attendre vos taxis pendant des heures en bas de l’Opéra ?
C’est une expérience personnelle qu’il est effectivement difficile de partager avec des esprits simplistes. Ces taxis en souffrance me procuraient une formidable jouissance, artistique bien sûr, en imaginant ces compteurs qui tournent dans une ronde diabolique… D’autant plus désintéressé de ma part que je dispose d’un chauffeur. Cette vision cathartique me renvoie à la formidable générosité lyonnaise. Une ville qui a eu le courage de consacrer la moitié de son budget culturel, à cette belle et vénérable maison qu’est l’Opéra de Lyon. 
Comment les salariés de l’Opéra ont réagi à ces révélations ?
Ils m’ont soutenu sans hésiter. Certes, quelques égarés ont grogné. J’ai alors réuni l’ensemble de l’équipe, plus de 300 salariés dont j’ai toujours défendu les droits fondamentaux : des salaires très honorables, de longues pauses estivales, automnales, hivernales et printanières, des belles formations qui leur ont permis d’approfondir leurs compétences… Ce ne sont pas des privilèges, comme le suggère des esprits chagrins. Mais la juste reconnaissance de leur engagement à mes cotés. 
On murmure que malgré vos beaux discours vous êtes très autoritaire… 
Laissons murmurer les murmures. On m’a confié une immense responsabilité, j’essaye d’être à la hauteur, sans céder aux tentations de la démagogie. Je ne suis qu’un chef d’orchestre qui a l’humilité de s’effacer derrière sa braguette, pardon sa baguette. Et je ne demande qu’une seule chose, le respect, comme l’exigent, avec raison, ces jeunes des quartiers sensibles trop souvent confrontés à l’intolérance.
Vous êtes toujours de gauche ?
J’ai toujours été engagé aux cotés des plus défavorisés qui n’ont pas accès à la culture. Voilà pourquoi je milite pour que les gouvernants s’engage davantage dans le financement de cette noble ambition. Et je déplore toutes ces jacqueries d’un autre siècle qui remettent en cause cette belle contribution citoyenne qu’est l’impôt. Vital pour développer le vivre ensemble. Et pour que cette ville Lumière rayonne dans le monde, comme le dit très bien ce cher Gérard.  
C’est pour ça que vous avez accepté d’être trésorier de la campagne de Gérard Collomb ? 
J’ai accepté au nom de la culture. Mais je suis assisté du comptable de l’Opéra, homme discret et dévoué, qui va mettre son talent au service de cette belle campagne  pour reconduire le maire de Lyon dans ses fonctions. Après quelques mandats où il a fait preuve de sa sensibilité, de sa générosité et de sa hauteur de vue. Et si je le soutiens sans réserve, c’est parce que je n’ai perçu chez lui, aucune ambition personnelle. Mais au contraire, une vraie abnégation qui l’a conduit à se sacrifier. 
Vous avez une idée de votre budget pour cette campagne ? 
Je le reconnais, les dons affluent, notamment de tous les mécènes qui soutiennent notre maison. Un début prometteur. Chaque fois qu’une étude d’opinion confirme la popularité de notre maire, nous recevons des contributions généreuses, en espèces sonnantes et trébuchantes. Une couleur domine : le violet, symbole du rêve (1). J’adore le violet ! Mais cela exige une grande vigilance pour éviter certaines petites filouteries. 
Qui sont les plus généreux ? 
Les constructeurs et les bâtisseurs, ceux qui chaque jour se mobilisent pour imaginer la ville de demain. Avec des architectures audacieuses, pas toujours bien comprises par quelques protestataires incapables d’en saisir l’esthétique. Le plus surprenant est que ces valeureux capitaines ne réclament rien en retour. Si ce n’est de pouvoir continuer à inventer l’avenir, comme d’authentiques artistes. 
Comment vous allez dépenser tout cet argent ? 
Gérard m’a assuré qu’il préférait une campagne discrète, des affiches et des tracts très sobres, une présence sur la toile mais sans odieux racolages, des meetings conviviaux à l’Hôtel de Ville… Il veut aller au-devant du peuple pour écouter, échanger, partager… Et construire avec les Lyonnais et les Lyonnaises une belle perspective dont la culture sera un épicentre flamboyant. 
Mais vous allez être obligé de déposer des comptes de campagne ! 
Ils étaient déjà prêts le jour même où j’ai été nommé trésorier. Mes assistants ont été très diligents. J’ai eu l’impression de signer une sorte de livret drôle et léger. Un opéra de quat’ sous ! Et ce cher Gérard en a rit, sans fausse pudeur. Avant de m’assurer solennellement qu’il me nommerai adjoint à la Culture dès qu’il sera réélu, triomphalement.

 

Propos recueillis par Luciano Pavarototo 

(1) Note de la rédaction : Le violet correspond aussi à la couleur des billets de 500 euros.