Joker au secours des Césars

 

Lyon Gag décerne un César de l’humour à la lyonnaise Florence Foresti pour sa prestation, vendredi soir aux Césars. Car elle a su mettre de la drôlerie au coeur de cette cérémonie sous tension. Pour souligner une certaine hypocrisie chez les stars comme chez les rebelles. 

 

Joker ! 

Florence Foresti est apparue sur scène, entourée d’une dizaine de Joker, elle même travestie en Joker comme Joaquin Phoenix dans son film qui a rencontré un vrai succès populaire en mettant en scène un comédien raté et méprisé qui devient un tueur psychopathe. Un gentil qui devient un méchant car il ne supporte plus la violence du système. 

Joli symbole adopté d’ailleurs par l’équipe de Lyon Gag’ !

Et l’humoriste lyonnaise a su donner une force, une profondeur à ce personnage. En interpellant ce parterre de stars aux Césars. Mais aussi les absents, Polanski le maudit dont les douze nominations ont fait scandale. Et les protestataires qui manifestaient devant la Salle Pleyel où se déroulait la cérémonie. 

«Je suis courageuse d’être là !» a-t-elle rigolé avant de cingler à droite et à gauche, avec un certain culot, notamment ceux qui se sont «débinés» en refusant d’être associés à son spectacle. Ou ces mâles figures du cinéma confortablement installées dans leur fauteuil avec leur bras de très jeunes et très belles femmes. Sans oublier la chorale vertueuse qui dénonce la perversité de cette grande machine à images tout en profitant sans état d’âme. Ridicule par exemple, ce départ «magistral» d’Adèle Haenel jouant à la perfection la comédienne outragée par un César décerné à Polanski «le violeur». Mais tellement séduisante dans sa robe à paillettes. 

On ne va pas tout vous raconter. Mieux de voir la performance en replay. D’autant que c’était parfait, comme ce Malotru des Légendes, invité par Foresti, qui a murmuré d’un air espiègle : «J’espère qu’on pourra continuer à jouer la séduction au cinéma, comme dans la vraie vie».

Tout cela mérite, peut-être, une petite réflexion sérieuse sur le cas Polanski.  

Polanski qui joue les innocents de façon pathétique n’arrivera jamais à passer pour un ange, surtout lui le «vampire» du cinéma. Et son «J’accuse», franchement, à Lyon Gag’ on ne l’a pas trouvé terrible. Pas à la hauteur du mythique «J’accuse» de Zola car trop coincé dans des costumes d’époque, étriqué dans une petite lorgnette historique… Rien à voir avec la force et la modernité que méritait cette affaire Dreyfus qui a déchiré la France d’avant guerre. En annonçant le pire à venir. 

Mais faut-il fusiller cet artiste en lui interdisant d’être un artiste ? 

Même un condamné, taulard ou en cavale, a le droit d’écrire un livre, de peindre un tableau, de réaliser un film… Contrairement à ce que pense certains esprits obscurs.  

Ce n’est pas parce qu’un type a tué sa mère qu’il n’aurait plus le droit d’exister. Donc de créer s’il est un artiste. Et que le public n’aurait pas le droit de lire ses livres, regarder ses tableaux ou voir ses films. Ni d’apprécier ses oeuvres, sans le condamner à priori uniquement pour ce qu’il est. Le coeur de «J’accuse», justement. 

Sinon, on rejoint les totalitaires de toutes obédiences qui, au fond, nient cet espace mystérieux entre ce qu’on fait et ce qu’on est. 

Nous, si on était Polanski… Et si, par hasard, on n’était pas aussi innocent qu’on le prétend, on le reconnaitrait publiquement. En exigeant le droit de continuer à exister, à créer. 

Car, au fond, ce qui est insupportable c’est le non-dit. Le mensonge qui fait monter la colère du peuple. La colère des Joker ! 

César pour Foresti qui a su incarner le rôle avec humour et finesse. 

Philippe Brunet-Lecomte