Pourquoi voter Verts à Lyon 

 

Malgré l’alerte rouge lancée par le président Corona, on votera dimanche aux élections municipales.

Mais pour qui voter à Lyon ? Question mille fois entendue, depuis quelques semaines, qui révèle d’abord un certain désarroi des lyonnais face à l’ambiance politique dans cette ville et cette agglomération. Joker, rédacteur en chef de Lyon Gag’, se démasque et répond, sérieusement. Et ça n’engage que lui.

 

«C’est le bordel à Lyon !» 

J’ai eu l’occasion de faire ce diagnostic sur Europe 1 où Philippe Vandel m’a interviewé à l’occasion de la sortie de Lyon Gag’, petit canard éphémère qui a fait preuve d’une parfaite «objectivité» en se moquant de la droite, de la gauche, du centre et des extrêmes. Sans parti pris ! Si ce n’est celui d’en rire face à ces élections municipales. Tout en lançant un appel à voter, bien sûr. 

L’équipe de jeunes journalistes qui a réalisé ce Lyon Gag’ est très diverse. Donc je m’exprime ici à titre personnel. Et je vais parler clair en m’engageant, ce que j’ai toujours essayé de faire en plus de 35 ans de journalisme. Et qui parfois m’a coûté cher !

Quand on vote, on procède souvent par élimination, plus que par conviction. 

Donc éliminons.

Et commençons par le Roi Lyon, Gérard Collomb qui, selon certains sondages, a tout de même quelques chances dans ce scrutin. Et bien non, surtout pas lui. A cause de son âge ? Pas du tout. Certes, à 72 ans il est mal placé pour penser l’avenir de cette ville !  Mais c’est plutôt son ancienneté sur le trône qui pose problème. Depuis des décennies, il domine la vie politique lyonnaise. Et il a pris de mauvaises habitudes. Danger du pouvoir trop longtemps exercé car on finit par ne penser qu’à une seule chose : le conserver à tout prix. D’où un certain nombre de dérives, autoritarisme notamment, qui l’ont conduit à éliminer tous ceux qui risquaient de lui faire l’ombre. Donc de construire le futur. Pour démontrer qu’il est irremplaçable. Vieux refrain qui plane sur les cimetières ! 

Cela dit, pas question de dire que cet élu a été nul. Il a pacifié Lyon alors dominée par une droite qui trainait de nombreuses casseroles. Et il a réveillé cette ville pour lui donner un nouveau souffle. 

J’ai d’ailleurs été le seul journaliste à Lyon, il y a 20 ans, à lancer un appel à voter pour lui ! Dans un édito de Lyon Mag’, qui n’a pas grand chose à voir avec le fantôme surgi à la veille de ces municipales. 

Mais Collomb est aujourd’hui à bout de souffle. La preuve, il a eu le culot de présenter un jeune pantin à la mairie de Lyon qu’il est assuré de pouvoir manipuler. Affichant ainsi son mépris pour les électeurs. 

Reste ses concurrents. Passons rapidement sur les extrêmes. Ridicules, à l’image de ce Kotarac, passé il y a quelques mois de la France Insoumise au Rassemblement National. Révélateur de ce populisme colérique qui n’a d’ailleurs jamais eu la cote à Lyon.  

Et puis il y a les fameux «traitres» qui après avoir servi avec zèle Collomb, le défient aujourd’hui. Là encore, un symbole : Képénékian, maire intérimaire assez transparent, quand son patron était ministre de Macron. Que propose-t-il ? Pas grand chose si ce n’est de se venger des humiliations qu’il a subies. Et acceptées. Pas de quoi faire le maire d’une grande ville comme Lyon. 

Reste la droite et son champion, Etienne Blanc, parachuté à Lyon après avoir été maire d’une petite ville de l’Ain pendant 30 ans. Très engagé aux cotés de Charles Millon dans son aventure FN à la Région, puis contre le mariage gay…. Mais un vieux réac peut-il faire le maire d’une grande ville modérée comme Lyon ? D’autant qu’un pauvre marchandage avec Collomb au deuxième tour semble… cousue de fil blanc. Tout ça pour se partager le pouvoir !

Alors que reste-t-il ? A gauche, un champ de ruines où on croise là encore beaucoup d’anciens fidèles du maire sortant comme Nathalie Perrin Gilbert lestée par son caractère très mélenchoniste. Ou pire à la Métropole un certain Payre, directeur de Sciences Po, symbole des élites politiques qui squattent le pouvoir depuis une éternité. Une farce qui confirme que la gauche a perdu la tête. 

Alors pour qui voter ? 

Je n’ai jamais été écologiste car je me méfie de ceux qui font de leurs convictions une idéologie. On l’a payé cher, très cher, au siècle dernier. En plus, je fais partie de cette petite minorité d’optimistes qui croient encore au Progrès, belle utopie héritée du siècle des Lumières. 

Que valent les deux lascars Verts qui se présentent à Lyon et à la Métropole ? Des pragmatiques, semble-t-il. J’en ai croisé un, Bruno Bernard, patron d’une petite entreprise, direct, solide, ouvert… En prime, il a le sens de l’humour. Une certaine distance. Bon signe. Leur programme est vert bien sûr. Mais pas Khmer vert. Et ils sont neufs en politique, donc pas encore de mauvaises habitudes. Un bon nettoyage de printemps peut être une solution pour casser ces vieux réseaux qui aujourd’hui paralysent cette ville et cette métropole. 

Bien sûr, il y a un risque de dérive comme à Grenoble où les écolos surnommés «écolos pastèques» (vert à l’extérieur, rouge à l’intérieur) ont un bilan controversé : culture, économie, sécurité… Malgré les beaux vélos jaunes qui illuminent cette ville.  

Mais aujourd’hui, il faut être des électeurs réalistes en reconnaissant que tout va se jouer à Lyon entre trois favoris : un Colomb dépassé, une droite décalée et les Verts pour éviter ces deux impasses. 

En espérant que ce duo écolo, où manque une femme, ne va pas casser cette ville et son agglomération en multipliant les interdits. 

Tout se jouera après le premier tour. Si les écolos sont capables de construire, à ciel ouvert, des alliances prometteuses à gauche mais également au centre avec des personnages intéressants comme David Kimelfeld ou François-Noël Buffet qui ne semblent pas obsédés par le pouvoir et dont le profil modéré peut favoriser des compromis. Et impulser une autre façon de gouverner. 

Alors oui, je voterai Verts au premier tour à Lyon et à la Métropole. En espérant une belle vague verte qui provoque un électrochoc. Et un consensus.

Mais ces deux «intrus» ne franchiront pas le cap du deuxième tour, sans alliance. Sans faire preuve de maturité surtout. On les attendra donc au tournant pour confirmer ou non ce vote écolo au deuxième tour. 

 

Philippe Brunet-Lecomte